Nassau, paradis pirate

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  Extrait de M le magazine du monde, Par Adrienne Jean, photos  Adrienne Jean.     Y aller: American Airlines propose des vols quotidiens entre Paris (Roissy) et Nassau via Miami, à partir de 749 € l’aller-retour. americanairlines.fr Office du … Lire la suite

Le top 5 des volleyeurs en activité par Pat Cash

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Extrait du journal L’équipe. A cinquante ans, le vainqueur de Wimbledon 1987 demeure un très fin observateur du jeu, et adore particulièrement les volleyeurs. L’australien aurait bien cité Radek Stepanek, mais on lui a demandé de se concentrer sur le … Lire la suite

Volleyeur solitaire

Extrait du journal L’Equipe, par Vincent Cognet.

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Dans le tennis moderne, la volée n’est plus une priorité. Roger Federer est l’un des rares joueurs actuels à vraiment maîtriser cet exercice.

EN AOÛT DERNIER, le New York Times se fendait d’une consultation auprès d’une trentaine d’acteurs du tennis (joueurs, coaches, journalistes). Question : qui peut revendiquer le titre de meilleur volleyeur du circuit ? La réponse était à la fois claire et tristounette : trois joueurs de double occupaient les trois premières places. Le premier des « solistes » n’était que quatrième. Son nom? Roger Federer. Un choix incontestable tant le Suisse a, depuis longtemps, prouvé ses qualités de volleyeur.

Ce sondage ne fait que confirmer l’inexorable évolution subie par le tennis depuis une bonne vingtaine d’années. Si l’on peine à citer cinq grands volleyeurs parmi les cent premiers joueurs mondiaux, c’est simplement parce que la conquête du filet n’est plus une priorité. La primauté donnée à la puissance et le ralentissement général des surfaces sont passés par là. Federer lui-même est davantage un attaquant en deux temps qu’un as du service-volée. Il n’évolue pas dans le même monde qu’un McEnroe, qu’un Cash, qu’un Rafter ou qu’un Edberg. « Dans le tennis moderne, la volée est le domaine qui a le moins progressé », estime Pat Cash, en maniant l’euphémisme.

« À la limite, on peut presque dire que Roger volleye moins bien qu’en 2003, avance Guy Forget. Mais tout simplement parce qu’il passe 95 % de son temps en fond de court. Même si, depuis qu’il bosse avec Edberg, je trouve qu’il vient plus souvent au filet. » Quand il y pointe son nez, le maître est sans égal. « Son toucher de balle et son contrôle sont hors norme, apprécie Forget. Il peut gagner le point dans des positions impossibles. Sa volée de revers est hyper propre. Comme tous ses coups, qui méritent 9,5/10. Après, si on veut chipoter, on peut aussi remarquer qu’il joue parfois sa volée de coup droit trop de face, de manière un peu trop droite, en ouvrant sa ligne d’épaule. Edberg, lui, s’engageait plus. De toute façon, pour moi, Stefan, c’est la plus belle volée de l’histoire. En volée de coup droit, Roger pourrait un peu plus imiter son coach ! »

Lorsque Nicolas Escudé monte au filet, c’est aussi pour y admirer le phénomène. « La volée de Roger n’a rien de révolutionnaire, mais il est très en place sur le jeu de jambes, explique le Français. Surtout, il vient à la rencontre de la balle. Il ne la subit pas et c’est encore plus important qu’à mon époque. La balle arrive deux fois plus vite et avec plus d’effets. Aujourd’hui, au filet, on est dans une problématique de ping-pong. Le plus dur, c’est de contrôler les effets. »

Pour y parvenir, le bas doit précéder le haut. Une règle absolument intangible. « Dans le jeu au filet, il existe un invariant, précise Nicolas Mahut. Il faut absolument y aller avec les jambes avant d’y aller avec le bras. Ce que je trouve de plus fort chez Federer, c’est son agilité. Il est vite en jambes et très équilibré sur sa reprise d’appuis. Je le trouve rapide après sa première volée, rapide pour anticiper et se replacer.Au niveau des cannes, c’est la perfection. Après, je pense qu’il a progressé au moment du contact. Il colle à la balle, il l’attaque, son geste est tranchant. Résultat, la balle reste basse. Quand on parle technique, c’est quasiment la perfection. »

Pour maîtriser la problématique du filet, une technique impeccable et une tonicité de jambes ne suffisent pas toujours. Il faut aussi sentir le jeu. Mieux : le plier à sa propre volonté. « La volée, c’est complexe, explique Mahut. Ce n’est pas uniquement une histoire de technique. C’est aussi la manière d’amener l’adversaire à jouer où tu veux qu’il joue. Il faut être clair : au filet, tu ne peux pas couvrir toutes les zones. Il faut donc “aimanter” le passing. Mika (Llodra) était un maître en la matière. Roger lui aussi est très fort. Comme il sent super bien le jeu, il est rarement pris en défaut. »

SUR TERRE BATTUE, la spécificité du jeu au filet n’est pas liée à la technique. On ne modifie pas son geste parce que le sol est ocre, comme on le fait par exemple pour le coup droit, frappé plus bombé. Seule l’approche mentale est différente. « Sur terre, tu fais moins souvent un point gagnant dès ta première volée, explique Nicolas Mahut. Il faut toujours être prêt à devoir en jouer une deuxième, ­voire une troisième. » Le Français estime pourtant que la terre n’est pas systématiquement un obs­tacle au service-volée. « Comme les mecs retournent de plus loin, tu as plus de temps pour aller au filet. Et si tu volleyes court, tu peux très bien faire le point. Mais attention : si une volée courte n’est pas bien touchée ou bien “tranchée”, le gars d’en face va glisser, te fixer et te passer. »

Comme il l’a montré récemment à Rome en quarts (contre Berdych, 6-3, 6-3), puis en demies face à Wawrinka, (6-4, 6-2), Federer parvient à développer sur terre un tennis agressif. Logique, selon Guy Forget : « Quand tu as le sens du jeu comme lui, la terre battue n’est pas un obstacle à ta réussite au ­filet. En revanche, elle t’oblige à ce que ton coup d’attaque soit parfait. » Le meilleur exemple en est donné par… Rafael Nadal. Étonnant ? Pas vraiment. « Je ne m’amuserais pas à comparer ­“Rafa” à “Rodge”, prévient Mahut.Mais Nadal a quand même une main hallucinante. Sur terre, il est très efficace au filet parce qu’il vient au filet dans de bonnes conditions. C’est son coup d’avant qui est extraordinaire. » L’Espagnol bluffe aussi Nicolas Escudé : « En toute honnêteté, sur terre battue, je trouve que Rafa est un super volleyeurSes volées sont techniquement très justes. Ce n’est pas aussi classieux et élégant que ­Federer, mais il a une super main ! On le voit quand il doit jouer une volée sous le filet ou une contre-amortie. Techniquement, c’est propre, il n’y a pas de fioritures. Et tactiquement, j’aime beaucoup ce qu’il fait. »

 

GILLES SIMON  décrypte les forces de Roger Federer lorsqu’il monte au filet. Et souligne notamment sa gestuelle.

« QUE VOUS inspire Roger Federer à la volée ?

– Plus qu’impressionnant au filet, il est étonnant. Il y a de la facilité et de la fulgurance. Il fait partie des joueurs qui peuvent réussir des volées très, très difficiles, mais qui peuvent aussi rater des volées faciles. Ça sort vite de sa raquette, mais ça peut sortir un peu trop vite et lui échapper. Avec lui, tout a toujours l’air facile. Quand il rate, on se dit qu’il n’était pas concentré, mais il en rate…

Au final, c’est quoi le plus impressionnant ?

– Ce qui m’impressionne, c’est sa façon de bouger. Il est très fluide dans ses déplacements. Il sent bien le jeu, il bouge bien et il bloque bien les angles avec une grande vitesse d’exécution. Quand il est pris côté revers, il peut se sortir de situations improbables.

Est-il facile à passer ?

– Non, il prend de la place quand il monte dans de bonnes conditions. Il colle au filet, mais il bouge très vite et il recule très vite. Au smash, il est très à l’aise, même côté revers. Mais quand il fait juste son chip, certains joueurs prennent plus de place que lui. Par exemple, Mika (Llodra), c’était un enfer.

Quelle option choisissez-vous quand il est au filet ?

– Je ne le joue pas en deux temps, j’y vais plus pour un passing gagnant. Si je joue au chat et à la souris avec lui, je suis perdant. Alors j’y vais franchement. »

 

Birmane par Christophe Ono-Dit-Biot

Extrait du Monde, par Josyane Savigneau.

 

Depuis son premier roman,  – il avait 25 ans -, Désagrégé(e), Christophe Ono-dit-Biot s’est affirmé comme un conteur à l’humour parfois très noir, comme un critique souvent virulent de la société contemporaine. Il aime les voyages au long cours, décrit volontiers des jeunes gens incertains, comme ceux de son deuxième livre, Interdit à toute femme et à toute femelle, des bourgeois français branchés qui se retrouvent, « entre ascèse et Prozac », au mont Athos.

Dans Birmane, son quatrième récit, il réunit aujourd’hui tous ses talents pour un étrange roman d’apprentissage, à la fois parcours initiatique, grand reportage d’aventures, conte, avec ce qu’il faut de mystère et d’onirisme. Sans jamais perdre son ironie et son sens de la dérision.

Son antihéros s’appelle César. A Paris, il est secrétaire de rédaction dans un magazine féminin, chargé de « relire les articles, d’en corriger les éventuelles coquilles, entendez les fautes d’orthographe et les erreurs de syntaxe faites par nos brillants journalistes ». Parfois, il y en a tellement qu’il faut refaire entièrement : « On dit « rewriter » : c’est plus chic, mais ça n’apaise nullement ma frustration. » César est invisible, tandis que l’autre homme du journal, Blanchart « avec un t, comme talent », parade dans sa panoplie de grand reporter baroudeur, « gilet kaki multipoche, cheveux ras, yeux bleus et Timberland greffées aux pieds ». Il a un succès fou. César, lui, se contente de partir pour la Thaïlande avec Hélène, sa petite amie, qui veut des vacances au goût d’« aventure ». A condition d’être dans un cinq-étoiles aseptisé. Aux premières fourmis se promenant dans leur bungalow, elle rompt.

César se rend alors en Birmanie, l’un des lieux d’exploits de Blanchart, mais où celui-ci est désormais interdit de séjour. Il sait qu’on ne peut pas approcher Aung San Suu Kyi, Prix Nobel de la paix, opposante à la junte militaire, désormais en résidence surveillée. Mais il se met en quête d’un autre scoop, l’interview du plus grand trafiquant d’opium de tous les temps.

Si Blanchart le frimeur est ridicule, César ne l’est pas moins, jouant les journalistes affranchis alors qu’il n’est qu’un naïf égaré dans ce lieu de tous les dangers. Pour faire bonne mesure, il tombe amoureux d’une belle Française blonde, médecin dans une ONG. Une femme forte, cette Julie aux yeux verts et au corps ferme, en apparence très rationnelle, mais troublée par un déjà long séjour en Birmanie et un amour fou pour la région. « Ici, je vis », dit-elle. Elle est là depuis cinq ans. « Elle s’occupait des sidéens de Dala, un bidonville de l’autre côté de la Rangoon River. Elle était chef de mission. Les habitants l’avaient surnommée Sayama, un terme honorifique dont le masculin, Sayadaw, s’appliquait aux prêtres. Quelque chose comme « La Vénérable ». Elle en était flattée, et l’avouait. »

César, avec elle, va plonger au coeur des ténèbres de ce pays bloqué, soumis. Il va naviguer, assez mal, entre les expatriés qui s’accommodent de la dictature, les fils des apparatchiks qui roulent en voiture de sport et s’abrutissent dans des fêtes alcoolisées, et ceux, étrangers ou Birmans, qui veulent combattre le régime.

Christophe Ono-dit-Biot a le sens de la description. On est d’emblée, avec son héros, dans la chaleur moite de la Birmanie, assailli de couleurs, d’odeurs, découvrant des paysages étonnants, des femmes magnifiques autant que mystérieuses. Cette fameuse Wei Wei, qui serait la nouvelle figure de la rébellion, existe-t-elle vraiment ? Si oui, et si César la rencontre, il tient un vrai scoop… A condition de ne pas foncer tête baissée dans le premier piège venu, ce qu’il semble s’acharner à faire.

On ne sait pas toujours où l’on est et où l’on va, pas plus que César, à la poursuite d’un improbable grand reportage qui le ferait enfin sortir de son anonymat journalistique. Mais en dépit d’un certain ridicule, de son côté héros de bande dessinée, « Tintin en Birmanie », on partage sa folle passion, on est fasciné par la belle Julie, on le suit avec impatience jusqu’au périlleux Triangle d’or, avec, comme lui, le désir de comprendre et la quasi-certitude de ne pas y parvenir.

 

Ma note: 17/20

Internet et le mythe de la neutralité libératrice

  • Internet mythe neutralité libératrice

La procédure ouverte à Bruxelles contre Google est l’occasion de remettre en question un des mythes fondateurs d’Internet : donner librement accès à tous les savoirs du monde ne suffit pas à rendre les hommes plus libres.

Donc Google nous ment. Google nous trompe tous les jours, nous induit en erreur plusieurs fois par jour. La procédure ouverte par la Commission européenne contre le moteur de recherche a une cause économique : Google est accusé d’abuser de sa position dominante. Dans les résultats d’une recherche, par exemple pour un voyage, les sites qui lui appartiennent ou qui lui sont liés sont mis avant les autres. Et comme l’on sait que les internautes se satisfont des premiers dans la liste et ne plongent presque jamais dans les pages qui suivent, l’avantage d’être « mis en avant » est considérable.

Il faut saluer et soutenir le courage de la commissaire à la Concurrence, la Danoise Margrethe Vestager, d’affronter le géant. A lire l’enquête faite aux Etats-Unis, enterrée par les autorités américaines mais révélée par le « New York Times », les torts de Google ne semblent guère faire de doute. La justice l’établira. Le groupe qui se flatte d’être un enfant de l’innovation serait devenu parricide.

Il n’est pas le premier, dira-t-on. Telle est l’irrépressible logique monopoliste du capitalisme : une entreprise qui a du succès a tendance à vouloir écraser ses concurrentes. Et c’est pour cela que les Etats ou leurs autorités déléguées, ici Bruxelles, doivent mettre un soin méticuleux à interdire les abus.

Mais revenons au mensonge. L’accusation européenne contre Google en dit beaucoup plus que son volet économique. Google n’est pas IBM, qui faisait des machines, ou Microsoft, qui faisait des logiciels pour faire tourner ces machines. Les deux pouvaient prétendre à la neutralité de la technique (même si cette notion est elle-même discutée, par McLuhan par exemple). Google est un moteur de recherche de contenus qui s’est rangé dans la même « neutralité du Net ». Le moteur ne serait qu’un tuyau de plus. On le consulte en toute liberté pour trouver un renseignement, une actualité, un fait, une date, une explication, un article, une analyse. Or il apparaît que le résultat n’est pas neutre, il est faussé. Entendons-nous : le moteur de recherche fondé par Larry Page est un outil prodigieux d’accès aux bibliothèques de toutes sortes et à toutes les connaissances. Google, qui s’est donné pour mission « d’organiser l’information à l’échelle mondiale et de la rendre universellement accessible et utile », a réussi bien au-delà de ce qu’on pouvait imaginer avant sa création, en 1998.

Mais cette magnifique invention qu’est Internet a établi un mythe, celui de la neutralité libératrice. Tout trouver et tout pouvoir lire doit conduire au bienfait de l’humanité. Internet libère, Internet aide la démocratie. L’accès à la connaissance éclaire les esprits. Voire supprime tous les maux de la surface de la terre et transforme l’homme en bien, selon les thèses « solutionnistes » californiennes dont Google est l’un des inspirateurs-bienfaiteurs.

L’accusation contre Google brise cette idole à laquelle croient, en particulier, les jeunes générations. Internet tombe de haut, le Web est aussi une entreprise commerciale et, comme telle, elle nous donne accès à ce qu’elle veut nous vendre. Derrière votre page de recherche gît la pub, le profit, qui la biaise. On le savait, bien sûr. On admettait qu’il fallait bien que Google « s’y retrouve ». Au-delà du biais commercial, on savait aussi qu’il y avait inévitablement, dès le départ, un biais technique. Les algorithmes du moteur de recherche ne sont jamais que des algorithmes, ils renferment des choix.

Mais le mythe voulait que, trouvant tous les informations et les contre-informations, obtenant d’un clic la thèse et l’antithèse, on se fasse à la fin, par décantation, une idée juste. Voilà qu’on découvre que les filtres sont en papier dollar et que, à la fin, la décantation a un drôle de goût.

Ce qui est du commerce, l’est de la politique. Le débouché démocratique du Net est sérieusement mis en doute par Daech. Le terrorisme a trouvé un terreau aussi favorable à sa prolifération, sinon plus, que les contestataires chinois ou les jeunes Tunisiens. Et la lutte contre le terrorisme débouche sur des outils à grands risques liberticides.

L’erreur fondamentale des promoteurs d’Internet est très profonde. L’informatique a été bâtie par des ingénieurs qui pensent que l’accès donne la liberté. Qu’il suffit de donner accès à tous les livres, à toutes les connaissances, pour que l’homme sache le bien et le mal. On voit bien que non. L’homme ultra-informé reste rustre. Pis, il peut trouver sur le Net, où tout circule, matière à conforter ses bévues. On peut se demander si Internet n’est pas un puissant outil de consolidation des fausses nouvelles, des complots inventés, des thèses antiscientifiques, bref de toutes les plus grosses bêtises que le fertile esprit de l’homme puisse imaginer.

Voilà la clef, donnée dans la Genèse, et oubliée : la liberté n’est pas dans l’accès, elle est dans le jugement. L’homme libre n’est pas celui qui a toutes les informations, mais celui qui sait, à partir des connaissances, se former une vision des choses et des faits. Il ne suffit pas d’avoir les livres, encore faut-il savoir les lire et les faire siens. Il serait temps qu’Internet cesse d’être aux mains des seuls ingénieurs ou plutôt que ceux-ci admettent précisément que tous les contenus ne sont pas neutres, ne se valent pas et, surtout, qu’ils ne valent pas leur seul poids en dollars.

L’Internet des ingénieurs déborde aujourd’hui tout, y compris les deux distributeurs de connaissances que sont l’école et la presse. Les hommes ont beaucoup gagné en capacité d’accès, merci Google, ils ont en parallèle beaucoup perdu en capacité de jugement.

The November Man

Extrait du Monde.fr, Par Mathieu Macheret.Olga Kurylenko et Pierce Brosnan dans le film américain de Roger Donaldson, "The Novembre Man".

Le November Man ne désigne pas un super-héros calendaire, mais bien un agent secret à l’ancienne dont Pierce Brosnan, courant toujours derrière ses années James Bond (1995-2002), rendosse la panoplie. Peter Deveraux, retraité de la CIA, est réactivé pour exfiltrer de Moscou l’assistante du présidentiable russe Arkady Federov, prête à témoigner des agissements de son patron lors du conflit tchétchène (une infâme traite de réfugiées). Mais la taupe est tuée en pleine opération, non par les Russes, mais par le meilleur élément des services américains, David Mason (Luke Bracey), l’élève que Deveraux avait lui-même formé sur le terrain. Réduit à faire cavalier seul, l’agent entre en contact avec Alice Fournier (Olga Kurylenko), responsable d’un centre de réfugiés, afin de pister une victime de Federov et comprendre pourquoi la CIA semble désormais chercher à couvrir le criminel.

Quelle est la place de ce November Man dans le thriller d’espionnage contemporain, entre les courses haletantes de Jason Bourne, la trépidation des Mission : Impossible et la série télévisée « Homeland » ? En retrait, serait-on tenté de répondre, tant le film reste imperméable (hormis un drone et quelques téléphones portables) aux enjeux technologiques d’accélération, de surveillance, de diffraction de l’action, que mettent en scène, parfois admirablement, ses illustres prédécesseurs.

approximation permanente de la mise en scène

A la place, le film ressort du placard des années 1990 la petite mécanique bien éprouvée d’une série B d’action qui ne serait jamais passée par la case du 11-Septembre. Ainsi, il s’agit moins d’investir la spécificité paranoïaque de notre époque que de mettre très humblement à l’épreuve l’efficacité pur jus d’un héros traditionnel – c’est-à-dire plus intelligent, plus rapide, plus fort que les autres.

Encore fallait-il que le film fasse lui-même preuve d’efficacité. Or, s’il pèche, c’est d’abord par la pauvreté d’une intrigue trop linéaire (on compte à peine deux retournements d’identité, le sel de l’espionnage), prévisible à des kilomètres, et qui cherche à justifier l’action par une psychologie grossière, comme cette rivalité jamais creusée entre le maître Deveraux et son disciple trop sérieux, esclave du règlement.

Mais le plus gros problème de The November Man réside dans l’approximation permanente de sa mise en scène, qui peut faire illusion dans les passages d’action (quelques beaux impacts suspendus, entre coups de poing et carambolages), mais patauge dès que l’énergie retombe. La faute à un filmage éparpillé et couvert sous tous les angles, donc paresseux et dépourvu de la seule chose qui aurait permis à The November Man d’assumer son anachronisme : un vrai corps d’athlète.

 

Ma note 14/20